L'odeur est arrivée avant tout le reste : une combinaison dense de poisson fermenté, d'herbes fraîches et d'encens qui flotte dans l'air humide de la rive de la Rivière des Parfums. Le Marché Dong Ba se trouve au cœur de Thành phố Huế, la ville impériale historique du Vietnam central, et occupe un bâtiment principal à plusieurs étages flanqué d'un labyrinthe de stands qui s'étendent jusqu'à la rive du Song Huong. Ici, chaque matin avant l'aube, des centaines de vendeurs installent leurs marchandises avec une précision qui trahit des décennies d'habitude.
Le marché existe dans cette zone de la ville depuis l'époque impériale Nguyen, avec des racines documentées qui remontent au XIXe siècle, lorsque Hué était la capitale du Vietnam unifié sous la dynastie qui a régné de 1802 à 1945. Au fil du temps, il a subi des reconstructions et des agrandissements, mais sa fonction est restée inchangée : être le point de référence commercial pour la ville et pour les villages environnants. Ce n'est pas un marché pour les touristes — c'est un marché où les touristes sont les bienvenus mais où la vie quotidienne se poursuit indépendamment d'eux.
Le plan des artisans : chapeaux et soie
Au dernier étage du bâtiment principal, une section entière est dédiée au nón lá, le chapeau conique vietnamien caractéristique. Hue est considérée comme la capitale de la production de ces chapeaux au Vietnam, et ceux fabriqués dans la région se distinguent par la légèreté de la feuille de latanier utilisée et par la finesse de la couture. Certaines vendeuses âgées cousent directement au stand, avec des aiguilles très fines et des fils de nylon presque invisibles. Un chapeau de qualité moyenne coûte entre 50 000 et 150 000 dong, équivalents à quelques euros, mais les versions travaillées avec des poèmes ou des paysages visibles en contre-jour — la spécialité locale appelée nón bài thơ — peuvent coûter plus cher.
À côté des chapeaux se trouvent des rouleaux de soie teinte à la main, souvent dans des teintes qui rappellent les couleurs de la cour impériale : jaune ocre, rouge cinabre, vert d'eau. Les tissus sont vendus au mètre ou déjà confectionnés en vêtements traditionnels áo dài. Les vendeuses parlent généralement peu anglais, mais communiquent efficacement à travers des calculatrices et des gestes — un système de négociation qui fonctionne très bien même sans langue commune.
Le département alimentaire : ingrédients de la cuisine de cour
Le rez-de-chaussée et les zones extérieures sont dominés par l'alimentaire, et ici on comprend pourquoi la cuisine de Hue est considérée comme distincte du reste du Vietnam. On y trouve des ingrédients difficiles à se procurer ailleurs : le mắm ruốc, une pâte de crevettes fermentées de couleur violet foncé avec une odeur pénétrante qui est la base de nombreux plats locaux, ou encore les variétés de piment séché qui rendent la cuisine de cette région plus épicée que toute autre au Vietnam. Les légumes sont disposés en rangées ordonnées : citronnelle, feuilles de bananier, fleurs de bananier, pousses de bambou.
Une section entière est dédiée aux douceurs traditionnelles de Hue, dont beaucoup proviennent de la pâtisserie de cour Nguyen. Les bánh — terme générique pour les douceurs et les gâteaux de riz — prennent ici des formes et des couleurs qu'on ne trouve pas facilement ailleurs : petits paquets de feuilles de bananier, gelées colorées, douceurs de riz gluant farcies de haricots mung. Ils coûtent quelques milliers de dong chacun et peuvent être achetés en petites quantités pour goûter.
La rive du fleuve et le marché flottant
En descendant vers la rive du Song Huong, le paysage du marché change complètement. De petites embarcations amarrées le long du quai déchargent du poisson frais dans les premières heures du matin — principalement du poisson d'eau douce et des fruits de mer provenant de la lagune de Tam Giang, l'une des lagunes côtières les plus étendues du Sud-Est asiatique. Les femmes qui gèrent ce commerce travaillent rapidement, avec des balances à main et des contenants en polystyrène remplis de glace. La meilleure scène se déroule entre cinq et sept heures du matin.
Le contraste entre la rive bruyante et humide et les ruelles couvertes du marché intérieur est l'un des aspects les plus photographiables de Dong Ba : lumière filtrée, vapeur s'élevant des chaudrons des vendeuses de soupe, couleurs saturées des tissus suspendus en hauteur.
Conseils pratiques pour la visite
Le meilleur moment pour visiter le Marché Dong Ba est entre six et huit heures du matin, lorsque l'activité est à son maximum et que la lumière du matin est encore douce. En fin d'après-midi, le marché est encore ouvert mais plus calme, avec moins de produits frais disponibles. Le marché se trouve du côté nord du centre de Hue, près du pont Trang Tien, et est accessible à pied depuis le centre historique en environ dix minutes. L'entrée est gratuite. Il est conseillé d'apporter des petites coupures de billets en dong, car de nombreux stands n'acceptent pas les paiements numériques. Évitez de photographier les vendeurs sans demander d'abord — un sourire et un geste vers la caméra sont généralement suffisants pour obtenir la permission.
Prévoyez au moins deux heures pour une visite complète incluant l'étage des artisans, le département alimentaire et la promenade le long de la rive. Ceux qui souhaitent prendre leur petit-déjeuner au marché peuvent s'asseoir aux petites tables en plastique des vendeuses de bún bò Huế, la soupe de nouilles de bœuf épicée qui est le plat emblématique de la ville.